Coudre du jersey sans surjeteuse : la méthode complète

Coutures ondulées, points qui craquent, ourlets qui gondolent : le jersey a mauvaise réputation à la machine familiale. Aiguille adaptée, point extensible, pression du pied et aiguille jumelée — voici la méthode complète pour coudre la maille sans surjeteuse.

Julien JuchereauLa rédaction · Mis à jour le 14 juillet 2026 · 15 min de lecture
Mains guidant un jersey gris sous le pied d'une machine à coudre familiale, couture en zigzag en cours
L'essentiel
  • L'aiguille jersey (ballpoint) écarte les mailles au lieu de les couper : elle supprime les petits trous le long des coutures.
  • Le point droit casse sur la maille ; un zigzag étroit (1 à 1,5 mm) ou un point extensible donne la réserve d'allongement nécessaire.
  • Une plaque à point droit, percée d'un petit trou, empêche le jersey fin d'être aspiré et évite les points sautés.
  • Réduire la pression du pied et guider sans tirer supprime l'essentiel des coutures ondulées ; le papier de soie dépanne sans matériel.
  • L'ourlet à l'aiguille jumelée donne deux lignes parallèles côté endroit et un zigzag élastique côté envers, comme le prêt-à-porter.

Un t-shirt en jersey qui se coud à la machine familiale, cela se termine souvent de la même manière : une couture qui ondule comme une vaguelette, des points qui cassent au premier enfilage, un ourlet qui gondole. On en conclut, à tort, qu’il faut une surjeteuse pour espérer un résultat propre. C’est faux. La surjeteuse rend le travail plus rapide et donne une finition industrielle, mais elle n’est pas indispensable pour assembler une maille et la porter longtemps.

Aiguilles jersey Schmetz
Matériel conseillé

Aiguilles jersey Schmetz

Des aiguilles jersey à pointe boule, qui écartent les mailles au lieu de les percer.

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Le jersey ne se coud pas mal parce qu’il est capricieux : il se coud mal parce qu’on lui applique les réglages d’un tissu tissé, alors que sa structure est complètement différente. Une aiguille adaptée, un point qui accepte de s’étirer, une pression de pied allégée et deux ou trois précautions suffisent à transformer l’expérience. Voici la méthode complète, réglage par réglage.

Mis à jour le 11 juillet 2026.

Pourquoi le jersey résiste à la machine à coudre classique

Un tissu tissé — la popeline, le lin, la gabardine — est fait de fils qui se croisent à angle droit. Il ne s’étire pratiquement pas dans le sens de la chaîne ou de la trame. Un point droit, rigide par nature, lui convient : la couture ne subit aucune tension quand on porte le vêtement.

Le jersey, lui, est tricoté : c’est une succession de mailles nouées les unes aux autres, comme sur un pull. Cette structure lui donne son élasticité, mais aussi sa fragilité. Quand vous enfilez un t-shirt, l’encolure et les épaules s’étirent. Si la couture a été faite au point droit, le fil ne peut pas suivre : il n’a aucune réserve d’allongement. Résultat, il craque, souvent en plein milieu d’une couture, là où la contrainte est maximale.

Le second problème est l’entraînement. La maille est souple et un peu spongieuse ; les griffes de la machine la poussent inégalement, l’aiguille l’enfonce dans le trou de la plaque, et la couture ressort étirée et ondulée. Comprendre ces deux mécanismes — l’élasticité et l’entraînement — c’est déjà tenir la moitié de la solution.

Jersey, maille, tissu extensible : de quoi parle-t-on ?

Les termes se mélangent souvent. Le jersey désigne une famille de tissus tricotés à mailles fines, en coton, en viscose ou en mélange. Le jersey de coton est celui des t-shirts. Le jersey punto di milano ou l’interlock sont plus épais et plus stables, donc plus faciles à coudre pour débuter. Le french terry (molleton léger) et le sweat entrent aussi dans la catégorie des mailles.

Tous ces tissus ont un point commun : ils s’étirent, surtout dans le sens de la largeur (le sens de la lisière à la lisière). Certains contiennent de l’élasthanne, ce qui augmente encore leur extensibilité et impose des précautions supplémentaires. Avant de couper, tirez sur une chute dans les deux sens : le sens qui s’allonge le plus se placera horizontalement sur le corps, autour des hanches ou de la poitrine.

Faut-il vraiment une surjeteuse pour coudre du jersey ?

Non. La surjeteuse coud, coupe le surplus et surfile en un seul passage, avec un point boucleur qui reste souple. C’est confortable et rapide, mais son point n’a rien de magique : il est extensible parce qu’il est fait de boucles. Or votre machine à coudre sait, elle aussi, produire des points extensibles — le zigzag et le point tricot en font partie.

La vraie différence tient à la finition des bords et à la vitesse, pas à la solidité. Si vous voulez comprendre en détail ce que chaque machine fait et ne fait pas, nous avons comparé les deux outils dans un guide dédié aux différences entre une machine à coudre et une surjeteuse. Pour l’immense majorité des projets en maille — t-shirts, robes, leggings, vêtements d’enfant — une machine familiale bien réglée suffit largement.

Tutoriel « Comment coudre le jersey sans surjeteuse » — Vanessa SALAUN (YouTube, mode de confidentialité avancée).

L’aiguille jersey : le premier réglage qui change tout

Gros plan d'une aiguille jersey à pointe arrondie entrant dans les mailles d'un tricot
La pointe arrondie d'une aiguille jersey se faufile entre les boucles du tricot au lieu de les couper : c'est ce qui évite les petits trous le long des coutures.

C’est le point de départ, et celui que l’on saute le plus souvent. Une aiguille universelle a une pointe légèrement effilée qui perce les fils. Sur un tissé, c’est parfait. Sur une maille, cette pointe coupe les boucles du tricot au lieu de se glisser entre elles. Chaque boucle sectionnée devient un point de faiblesse, et c’est de là que partent les fameux petits trous qui apparaissent le long des coutures après quelques lavages.

L’aiguille jersey (dite ballpoint) possède une pointe arrondie. Au lieu de percer, elle écarte les mailles et se faufile entre elles. Pour les tissus contenant de l’élasthanne, l’aiguille stretch va plus loin encore : son chas et son talon sont conçus pour éviter les points sautés sur les matières très élastiques. Choisissez une finesse adaptée à l’épaisseur : 70/10 ou 75/11 pour un jersey fin, 80/12 à 90/14 pour un sweat épais.

Si le vocabulaire des aiguilles reste flou, notre guide sur quelle aiguille pour sa machine à coudre détaille les codes de couleur et les correspondances par tissu. Retenez au minimum ceci : changer d’aiguille est le geste le moins cher et le plus rentable pour coudre du jersey.

Le fil : mousse, polyester ou coton ?

Un fil de couture ordinaire en polyester convient parfaitement pour l’assemblage : il possède une légère élasticité naturelle et supporte la tension. Évitez le pur coton, plus rigide et plus cassant, pour les coutures qui portent.

Pour l’ourlet et le fil de canette, certaines couturières utilisent un fil mousse (aussi appelé fil texturé). Extrêmement souple, il remplit la couture et lui donne un moelleux qui absorbe l’étirement. On le réserve généralement à la canette et à l’aiguille jumelée. Ce n’est pas obligatoire pour commencer, mais c’est une amélioration nette une fois les bases maîtrisées.

Le point zigzag étroit : le réglage de référence

Le principe est simple : puisque le point droit ne s’étire pas, on utilise un point qui, par sa forme en accordéon, offre une réserve de longueur. Le zigzag est le plus universel. Réglez-le étroit et long : une largeur d’environ 1 à 1,5 mm et une longueur de 2,5 mm donnent un bon compromis. Le zigzag est alors presque invisible sur l’endroit, mais il autorise la couture à s’allonger sans casser.

Un zigzag trop large creuse une couture visible et peut faire tunneliser le tissu (deux bourrelets de part et d’autre). Trop serré, il rigidifie la maille. Faites systématiquement un essai sur une chute pliée en double, puis tirez sur la couture : si le fil casse, allongez le point ou élargissez très légèrement le zigzag. Si le tissu gondole, réduisez la largeur.

Le point extensible (ou point tricot) : quand le préférer

La plupart des machines modernes proposent un point extensible, parfois appelé point tricot, point overlock ou point élastique selon les fabricants. Il ressemble à un petit éclair ou à un zigzag qui fait trois pas en avant et un en arrière. Sa particularité : il pique plusieurs fois au même endroit, ce qui multiplie la réserve de fil et rend la couture très résistante à l’étirement.

On le préfère au zigzag pour les coutures qui subissent beaucoup de tension : entrejambe d’un legging, emmanchure d’un vêtement ajusté, taille élastiquée. Son inconvénient est d’être plus lent et quasi impossible à découdre proprement — donc à réserver aux coutures dont vous êtes sûr. Certains fabricants proposent aussi un point spécifique pour surfiler le bord ; les fiches techniques des pieds presseurs et semelles de Singer France montrent quel pied accompagne chaque type de point.

Régler la tension pour éviter les mauvaises surprises

Sur maille, une tension du fil supérieur trop forte accentue l’ondulation et fait froncer la couture ; trop faible, elle laisse des boucles à l’envers. Partez de la tension standard, cousez un échantillon, et ajustez d’un quart de cran à la fois. L’objectif : un point équilibré où le nouage se fait à l’intérieur des deux épaisseurs, sans que le dessus tire ni que le dessous boucle.

Si des boucles persistent sous le tissu malgré vos réglages, le problème vient rarement du jersey lui-même. Nous avons consacré un guide complet au fil qui boucle sur une machine à coudre : enfilage à reprendre pied relevé, canette mal insérée, chemin de fil encrassé. Vérifiez ces trois points avant d’incriminer la matière.

La plaque à aiguille : pourquoi le petit trou vaut mieux

Beaucoup de machines sont livrées avec une plaque à zigzag, dont le trou de passage de l’aiguille est large et allongé pour laisser le zigzag se déplacer. Sur un tissé épais, c’est pratique. Sur une maille fine, c’est un piège : le tissu souple est aspiré dans ce grand trou à chaque piqûre. Il en résulte des points sautés, un bord qui plonge, parfois même une amorce de couture mangée par la plaque.

La solution consiste à monter, si votre machine le permet, une plaque à point droit, percée d’un simple petit trou rond. Elle soutient le tissu tout autour de l’aiguille et l’empêche de s’enfoncer. Attention : avec cette plaque, vous ne pouvez coudre qu’au point droit — l’aiguille casserait sur un zigzag. On l’utilise donc pour les surpiqûres droites et les ourlets, pas pour l’assemblage au zigzag. À défaut de plaque interchangeable, coller un morceau de ruban de masquage sur les bords du grand trou limite un peu l’aspiration.

Éviter les coutures ondulées : pression du pied et entraînement

Couture zigzag sur jersey gris étirée entre deux mains pour vérifier qu'elle ne casse pas
Le test qui valide un réglage : on étire la couture. Un zigzag étroit s'allonge sans rompre, là où un point droit aurait cassé.

La couture ondulée — cet effet de vaguelette qui apparaît une fois la couture terminée — a une cause principale : le tissu est étiré pendant qu’on le coud. Soit vous tirez involontairement à la sortie du pied, soit la pression du pied presseur l’écrase et l’entraîne de façon inégale.

Trois leviers corrigent le défaut. D’abord, réduisez la pression du pied presseur si votre machine offre ce réglage (une molette sur le dessus ou un bouton) : le tissu circule alors sans être comprimé. Ensuite, accompagnez le tissu sans le tirer : votre rôle est de guider, pas de tracter ; laissez les griffes faire leur travail. Enfin, sur les machines qui l’acceptent, un pied à double entraînement (pied marcheur) fait avancer la couche supérieure à la même vitesse que l’inférieure et supprime presque totalement l’ondulation.

Une astuce de dépannage sans matériel : glissez une bande de papier de soie (ou de stabilisateur hydrosoluble) sous la couture, cousez à travers, puis déchirez-la. Le papier donne au tissu la fermeté d’un tissé le temps de la piqûre. Les rubriques d’astuces des fabricants, comme les meilleurs trucs et astuces de couture de BERNINA, reviennent régulièrement sur cette technique du support temporaire.

Stabiliser les coutures qui portent

Certaines coutures ne doivent pas s’étirer, sous peine de se déformer définitivement : la couture d’épaule, l’encolure, parfois la ligne de taille. On les stabilise. La méthode la plus courante consiste à prendre dans la couture une bande fine et non extensible : un ruban de gros-grain étroit, une bande thermocollante spéciale (bande de stabilisation vendue au mètre) ou même une simple bande d’entoilage coupée dans le droit-fil.

On la pose sur l’envers, le long de la ligne de couture d’épaule, avant d’assembler. Une fois cousue, l’épaule garde sa longueur d’origine tandis que le reste du vêtement conserve son élasticité. C’est le détail qui empêche une encolure de t-shirt de bâiller au fil des lavages.

L’ourlet du jersey à l’aiguille jumelée

Ourlet de jersey cousu à l'aiguille jumelée, deux lignes de points parallèles sur l'endroit
L'ourlet à l'aiguille jumelée : deux lignes droites parallèles sur l'endroit, un zigzag élastique caché sur l'envers.

L’ourlet est l’étape qui trahit le plus les débutants : cousu au point droit, il casse ; laissé au zigzag simple, il fait amateur. La solution élégante est l’aiguille jumelée (ou aiguille double), deux aiguilles montées sur une même tige, alimentées par deux bobines et un seul fil de canette.

Sur l’endroit, elle produit deux lignes de points droits parallèles, exactement comme l’ourlet d’un t-shirt du commerce. Sur l’envers, le fil de canette zigzague entre les deux, ce qui donne à l’ourlet toute son élasticité. C’est visuellement propre et mécaniquement souple : le meilleur des deux mondes. Choisissez une aiguille jumelée ballpoint et un écartement modéré (2,5 à 4 mm), et réduisez la tension supérieure si un léger tunnel se forme entre les deux lignes.

Repassez d’abord l’ourlet à la bonne largeur, épinglez ou faufilez, puis cousez sur l’endroit en vous guidant sur le bord replié. Pour les principes généraux de finition d’un bas de vêtement, notre guide sur comment faire un ourlet à la machine à coudre reste valable ; l’aiguille jumelée n’en est que la déclinaison spéciale maille.

Coudre les bords-côtes et l’encolure

L’encolure d’un t-shirt se finit le plus souvent avec une bande de bord-côte (un jersey très élastique, souvent côtelé). Le principe : la bande est plus courte que le tour d’encolure, on l’étire légèrement pour l’ajuster pendant qu’on la coud, et sa tension referme le col contre le corps une fois relâchée.

Cousez cette couture au point extensible ou au zigzag étroit, jamais au point droit. Le geste demande un peu d’entraînement : on étire la bande, pas le corps du vêtement, et on répartit l’excédent régulièrement. Un premier essai sur une manche courte, moins visible, permet de prendre la main avant d’attaquer une encolure.

Les erreurs qui font rater une couture sur jersey

  • Garder une aiguille universelle. Elle coupe les mailles et crée des trous le long des coutures. Une aiguille jersey ou stretch est non négociable.
  • Coudre au point droit. La couture ne peut pas s’étirer et casse au premier enfilage. Zigzag étroit ou point extensible.
  • Tirer sur le tissu. On guide, on ne tracte pas : le tirage est la première cause d’ondulation.
  • Ignorer la plaque à aiguille. Un grand trou avale la maille fine. Plaque à point droit pour les surpiqûres, ou ruban de renfort.
  • Oublier de stabiliser les épaules. Une encolure qui bâille après trois lavages vient presque toujours de là.
  • Ne pas faire d’essai. Chaque maille réagit différemment ; trois centimètres de test valent une couture entière à découdre.

Adapter la méthode selon la maille

Un jersey stable type interlock ou punto se comporte presque comme un tissé : le zigzag étroit suffit et l’ondulation est rare. Un jersey fin et fluide (viscose, modal) glisse et s’étire : le papier de soie sous la couture et le faufilage deviennent utiles. Un tissu à forte teneur en élasthanne exige l’aiguille stretch et le point extensible, sous peine de points sautés.

Le sweat et le molleton, plus épais, se cousent facilement mais demandent une aiguille plus forte (90/14) et parfois d’alléger la pression du pied au croisement des coutures. Dans tous les cas, la règle d’or est identique : un échantillon avant chaque nouveau tissu, avec l’aiguille et le fil définitifs.

Entretenir sa machine pour des mailles régulières

Le jersey pelucheux encrasse plus vite le compartiment de la canette que la plupart des tissés. Dépoussiérez la zone des griffes et du boîtier de canette au pinceau après chaque projet en maille : une accumulation de bourre suffit à dérégler l’entraînement et à provoquer des points irréguliers.

Changez d’aiguille dès qu’elle a servi sur plusieurs vêtements, et systématiquement si vous entendez un petit « poc » à chaque piqûre : c’est le signe d’une pointe émoussée qui frappe la maille au lieu de la traverser. Si vous n’êtes pas sûr du geste, notre pas-à-pas pour changer l’aiguille de votre machine reprend le sens de montage et la vérification du chas. Une aiguille neuve, une plaque propre et un point testé : c’est tout ce qui sépare une couture sur jersey ratée d’une couture qui tiendra des années.

Combien de temps pour maîtriser la maille ?

Les premiers essais se soldent souvent par une couture ou deux à recommencer, le temps de trouver la largeur de zigzag et la pression de pied qui conviennent à votre machine. Mais dès le deuxième t-shirt, les réglages deviennent des réflexes : aiguille jersey, zigzag étroit, guidage sans tirer, ourlet à l’aiguille jumelée.

La maille a mauvaise réputation surtout parce qu’on l’aborde avec les habitudes du tissé. Une fois la logique de l’élasticité intégrée, le jersey devient l’un des tissus les plus agréables à coudre : indulgent sur les mesures, confortable à porter, et rapide à assembler. La surjeteuse, si vous en achetez une un jour, ne fera que rendre plus vite ce que votre machine sait déjà faire.

Sources

Julien Juchereau
La rédaction

Julien Juchereau est rédacteur web. Sur C-Cousu, il documente les machines à coudre, les surjeteuses et les techniques de broderie : il compile les caractéristiques constructeurs, recoupe les sources officielles et cite ses références. Il n'est pas couturier professionnel — quand une information n'est pas vérifiable, il le dit plutôt que de l'inventer.

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