Un rideau, ce n’est presque que des lignes droites. Aucune emmanchure à monter, aucune pince à répartir, pas de courbe délicate à cranter. Et pourtant, c’est l’un des projets qui pardonne le moins l’approximation : une hauteur mal calculée se voit à trois mètres, une ampleur insuffisante donne un panneau tendu et triste, un ourlet de bas trop léger fait flotter le tissu au moindre courant d’air.

Ruban fronceur (ruflette)
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La difficulté d’un rideau ne se trouve pas dans la couture — elle est dans le calcul. Le mètre de couturière fait ici plus de travail que la machine. Une fois le métrage posé, le reste s’enchaîne : des ourlets, une tête de rideau, un lestage, et le tombé vient tout seul. Voici comment mener ce calcul, puis chaque étape de fabrication, du choix du tissu à la pose des embrasses.
Mis à jour le 17 juillet 2026.
Mesurer la fenêtre : les trois cotes qui comptent
Avant de toucher au tissu, on mesure la tringle, pas la fenêtre. C’est la tringle qui porte le rideau, et c’est sa largeur — souvent 15 à 20 cm plus large que la fenêtre de chaque côté — qui sert de base au calcul. Une tringle bien débordante permet au rideau ouvert de dégager complètement le vitrage, ce qui laisse entrer plus de lumière.
Trois cotes sont indispensables. La largeur de tringle, d’un embout à l’autre. La hauteur, mesurée depuis le point où le rideau sera accroché jusqu’à l’endroit où il doit s’arrêter. Et la hauteur du support au-dessus de la fenêtre, qui vous dira de combien le rideau remonte au-dessus du vitrage. Notez ces trois chiffres avant tout achat : ils commandent la quantité de tissu. Un mètre ruban souple se manie mieux qu’un mètre rigide contre un mur.

Mètre ruban de couturière
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Calculer l’ampleur : pourquoi on multiplie la largeur
Un rideau qui tombe droit, sans plis, a l’air d’un drap suspendu. Ce sont les fronces ou les plis réguliers qui lui donnent de la matière et de la profondeur. Pour les obtenir, il faut plus de tissu que la largeur de la tringle : c’est ce qu’on appelle l’ampleur, exprimée en coefficient.
Les repères usuels : un panneau à plis souples se calcule autour de deux fois la largeur de tringle. Un voilage léger, qui a besoin de beaucoup de mouvement pour ne pas paraître clairsemé, monte à deux fois et demie, voire trois fois. Un rideau plat, à pattes ou à œillets peu ouverts, peut se contenter de une fois et demie. En dessous, le tombé s’écrase.
Multipliez donc la largeur de tringle par le coefficient choisi, puis ajoutez les rentrés des deux ourlets latéraux. Si votre tissu n’est pas assez large pour couvrir ce total, vous assemblerez deux lés — en plaçant la couture de raccord au dos d’un pli, pour la dissimuler.
Calculer la hauteur : où commence, où finit le rideau
La hauteur finie dépend d’un choix esthétique. Un rideau peut s’arrêter au rebord de la fenêtre, tomber quelques centimètres sous le rebord, effleurer le sol, ou former une petite réserve au sol — le fameux tombé « qui casse ». Chaque option a sa logique : le rebord pour une cuisine, le sol pour un salon habillé.
À cette hauteur finie, on ajoute deux réserves. En bas, un ourlet généreux — comptez une dizaine à une quinzaine de centimètres, doublés par le rentré. En haut, la valeur dépend de la tête choisie : un simple repli pour une ruflette, davantage pour un revers apparent. Mesurez toujours deux fois : une erreur de hauteur ne se rattrape pas une fois le tissu coupé.
La méthode en vidéo
Avant d’entrer dans le détail des ourlets et de la tête, une démonstration d’ensemble aide à visualiser l’enchaînement des étapes, du calcul de l’ampleur à la pose du ruban fronceur :
Choisir le tissu : ce qui fait un beau tombé
Le tombé, c’est la façon dont le tissu retombe une fois suspendu. Un tissu à la bonne masse forme des plis arrondis et réguliers qui tiennent d’eux-mêmes ; un tissu trop léger flotte, un tissu trop raide casse en plis anguleux. Pour un rideau de salon, le lin, le coton un peu lourd, la gabardine ou un jacquard d’ameublement offrent ce poids naturel.
Deux réflexes évitent des déceptions. D’abord, déroulez un pan du tissu en magasin et laissez-le pendre verticalement : vous verrez immédiatement s’il « draperait » ou s’il resterait plat. Ensuite, pensez au droit-fil : un rideau se coupe toujours dans le sens de la longueur du rouleau, jamais en travers, sous peine de plis qui tirent.
Prévoir la doublure et l’occultation
Doubler un rideau n’est pas un luxe. La doublure protège le tissu principal du soleil, qui décolore, ajoute de la masse pour un meilleur tombé, et améliore l’isolation de la fenêtre. On la coupe légèrement plus étroite et plus courte que le rideau, de sorte qu’elle ne se voie jamais depuis l’endroit.
Pour une chambre, on va plus loin avec une toile occultante. Elle bloque la lumière, mais elle est dense et parfois raide : elle alourdit la couture et peut casser le tombé si le tissu de face est fluide. Prévoyez une aiguille adaptée à cette épaisseur — le choix se joue au cas par cas, comme l’explique notre guide sur l’aiguille à choisir selon le tissu. Sur les grandes largeurs, montez la doublure « flottante », fixée seulement en tête et sur les côtés, pour qu’elle ne fige pas les plis.
Les ourlets latéraux : le double rentré
Les deux bords verticaux se finissent par un double rentré : on replie le tissu une première fois sur l’envers, puis une seconde fois par-dessus, ce qui enferme le bord vif à l’intérieur. Aucun surfilage n’est nécessaire, la tranche du tissu ne s’effiloche pas, et le rideau présente une belle épaisseur régulière sur ses côtés.

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Repassez chaque pli avant de coudre : le fer trace la ligne, l’aiguille n’a plus qu’à la suivre. Un rentré de deux à trois centimètres suffit sur un rideau courant. Piquez au bord intérieur du repli, bien parallèlement à la lisière — une couture qui serpente sur un si long tracé se remarque aussitôt. Si votre point de piqûre a tendance à onduler, revoyez la tension et la vitesse : la régularité prime sur la rapidité.
L’ourlet de bas : hauteur et méthode

L’ourlet de bas mérite plus de générosité que les côtés. Un rentré profond — de dix à vingt centimètres au total selon la hauteur du rideau — apporte du poids en bas du panneau et l’aide à tomber droit. C’est un point de construction, pas seulement une finition : un ourlet maigre laisse le rideau « voler ».
On procède là aussi en double rentré, repassé puis épinglé. Sur un rideau doublé, l’ourlet de la doublure se fait séparément et reste un ou deux centimètres plus court, pour ne pas dépasser. Beaucoup de couturières laissent le rideau reposer pendu quelques jours avant de fixer définitivement l’ourlet de bas : le tissu se détend sous son propre poids, et l’on ajuste alors la longueur exacte. Notre guide de l’ourlet à la machine détaille les points possibles, du point droit au point invisible.
Le poids de bas : lester pour un tombé net
C’est le détail que l’on découvre en démontant un rideau du commerce : une petite chaînette lestée, cordon souple garni de billes de métal, glissée dans l’ourlet de bas sur toute la largeur. Ce lest discipline le tombé, empêche le bas de tourner ou de remonter, et donne au rideau ce léger balancement qui fait « fini ».
À défaut de chaînette, on coud de petits poids plats dans les angles inférieurs et à la base de chaque couture d’assemblage. L’important est de ne pas les fixer au tissu de face de manière visible : on les emprisonne dans le rentré de l’ourlet, où ils restent invisibles et silencieux. Sur un voilage, une chaînette fine suffit ; un tissu lourd s’en passe souvent.
La tête de rideau : trois grandes familles
La tête est le haut du rideau, celui qui accroche à la tringle et qui organise les plis. Le choix de la tête change à la fois l’allure et le calcul de hauteur. Trois solutions dominent chez l’amateur.
La ruflette, ou ruban fronceur
La ruflette est un ruban rigide traversé de cordons coulissants et percé de logements pour les crochets. Cousue en haut du rideau, on tire ses cordons pour froncer le tissu à la largeur voulue, puis on répartit les plis à la main. C’est la solution la plus souple : le même rideau peut être resserré ou détendu, et l’on choisit la hauteur d’accroche en variant la position des crochets. Idéale pour débuter.
Les pattes
Les pattes sont des bandes de tissu cousues en haut du rideau, qui passent directement autour de la tringle. Le rendu est graphique, un peu campagne ou contemporain selon le tissu. Elles demandent une ampleur plus modérée, car les plis se forment naturellement entre chaque patte. Revers de la médaille : le rideau coulisse moins facilement, la patte frottant sur la tringle.
Les œillets
Les œillets sont des anneaux métalliques ou plastiques posés dans un bandeau renforcé en haut du rideau ; la tringle passe au travers. Ils créent de grands plis en vague, réguliers et modernes, et coulissent avec une grande fluidité. Leur pose exige un ruban thermocollant rigide et un espacement calculé pour que les vagues se referment bien — un demi-œillet à chaque extrémité, tournés vers le mur.
Poser une ruflette pas à pas

Commencez par replier le haut du rideau sur l’envers, sur la hauteur du ruban plus un petit centimètre. Repassez. Posez la ruflette sur ce repli, à deux ou trois millimètres du bord supérieur, cordons vers le haut et logements de crochets accessibles. Dégagez les cordons aux deux extrémités avant de coudre : à un bout vous les nouerez, à l’autre vous tirerez.
Piquez le ruban sur ses quatre côtés, toujours dans le même sens pour éviter qu’il ne gondole, et sans jamais coudre par-dessus les cordons. Puis tirez ces cordons pour froncer le rideau jusqu’à la largeur finie — la moitié de la largeur du panneau, en gros, pour un coefficient deux. Répartissez les fronces régulièrement, nouez les cordons sans les couper (vous les détendrez au lavage), et insérez les crochets dans leurs logements. Ce type de couture répétitive est un bon terrain pour réviser les points de couture de base.
Les embrasses : retenir le rideau avec justesse
L’embrasse est la bande, la cordelière ou le lien qui retient le rideau ouvert sur le côté. Au-delà du décor, elle a une fonction : dégager la lumière et fixer le point où le rideau se draperait joliment. Sa hauteur d’accroche n’est pas anodine. Placée trop haut, elle étrangle le rideau ; trop bas, elle le laisse traîner.
Une règle de proportion classique situe l’embrasse à environ un tiers de la hauteur depuis le bas, ou aux deux tiers depuis le haut. Fixez d’abord l’embrasse avec une épingle, reculez, jugez le drapé, puis seulement posez le crochet mural. Là encore, un jeu d’épingles fiables permet d’essayer avant de percer quoi que ce soit.
Repasser et laisser tomber le rideau

Un rideau tout juste cousu ne tombe jamais parfaitement du premier coup. Une fois suspendu, marquez les plis à la main en accompagnant le tissu de haut en bas, doigts écartés, pour lancer le mouvement. Sur certains tissus, on aide les plis à mémoriser leur forme en les liant lâchement avec un ruban pendant deux ou trois jours.
Repassez toujours rideau décroché, à plat, à la température du tissu, avant l’accrochage définitif. Un coup de vapeur vertical une fois le rideau en place efface les derniers faux plis. La patience se paie ici : le tombé se stabilise dans les jours qui suivent, à mesure que le tissu prend son poids et sa place.
Les erreurs qui gâchent un rideau
- Sous-estimer l’ampleur. Un panneau calculé au ras de la largeur de tringle reste tendu et paraît toujours trop petit, même bien cousu.
- Couper sans réserve d’ourlet. On oublie souvent d’ajouter les dizaines de centimètres de l’ourlet de bas à la hauteur finie : le rideau arrive trop court.
- Fixer l’ourlet de bas trop tôt. Le tissu se détend en pendant ; mieux vaut attendre quelques jours avant de coudre définitivement.
- Négliger le lest. Sans chaînette ni poids, le bas du rideau tourne et flotte, surtout près d’une fenêtre qu’on ouvre.
- Coudre la ruflette par-dessus les cordons. Impossible ensuite de froncer : il faut tout découdre.
Combien de tissu et de temps prévoir ?
Pour une paire de rideaux de fenêtre standard, avec un coefficient d’ampleur de deux, comptez plusieurs mètres de tissu : la hauteur finie augmentée des ourlets, multipliée par le nombre de lés nécessaires pour atteindre la largeur froncée. Achetez toujours un peu plus que le calcul strict, pour l’aplomb des raccords de motif et une marge d’erreur.
Côté temps, une première paire simple, à ruflette et sans doublure, occupe une bonne après-midi, repassage compris. La doublure et l’occultation doublent presque le travail. Ce n’est pas un projet difficile, mais c’est un projet qui récompense la méthode : mesurer juste, repasser chaque pli, laisser le tissu se poser. Le tombé, lui, viendra tout seul.
Sources
- BERNINA, « Coudre un ourlet roulé » — blog officiel, techniques d’ourlet.
- Singer France, « Pieds presseurs et semelles, quelles utilisations ? » — dont le pied fronceur.
- Prym, site officiel — rubans fronceurs et mercerie d’ameublement.



